Open space cake


Romane Plumer--Chabot et Marie Boishus
2021


Protocole :


L’open space cake échelle 1/50 est une carte. Elle représente le plateau de travail des 3e années et des Masters de l’option design à l’EESAB Brest. Cet outil comestible nous permet de recueillir des données d’enquête auprès de ses habitants.

Ancienne médiathèque, ce lieu s’est vu réaffecter la fonction d’espace de travail à l'école depuis 3 ans, dans la précipitation et sans grands travaux de réadaptation. Observer l’appropriation, affirmer les envies, discuter des marques prises par chacun semble nécessaire après trois ans d’habitation.

Nous proposons maintenant, à 3 personnes de chaque promotion de se réunir autour de ce gâteau.

Nous laissons des personnes se désigner collectivement (ou trouvons 3 personnes de chaque promotion dans l’auditoire ou choisissons si trop de personnes se proposent, par exemple pour les A3, nous choisissons ceux qui connaissent le moins le projet)

Cet outil est pensé pour vous permettre de vous concerter sur des propositions d’aménagement d’espace. Vous allez pouvoir réfléchir l’espace collectivement selon 6 typologies différentes :
Grâce aux outils que nous mettons à votre disposition, vous pouvez creuser, découper, prélever, épousseter des morceaux de la carte. Elle est constituée de couches aux couleurs de la légende. Il s’agit de manger jusqu’à atteindre le type d’espace recherché.










Notre protocole prend la forme d’une critique humoristique des démarches de co-conception qui surfent sur la mode du design participatif. Nous y dénonçons des méthodes qui ne sont souvent qu’une façade, dissimulant des prises de décision opaques.

Cette critique est perceptible de plusieurs manières. D'abord à travers le vocabulaire choisi : nous parlons de "cahiers de doléances", de "supports de requêtes non concertées". Pour la performance nous nous sommes vêtues de blazers et avons réalisé une présentation bullshit (Graeber, 2018) d'enquêtes sociologiques fictives. Nous employons aussi des termes "valise", ou anglicisés. Nous reprochons à ce type de vocabulaire de maintenir une barrière entre les concepteurs et les habitant•es de l'open-space.

Dans l'objectif de critiquer, nous jouons également avec un grand biais de notre outils d'enquête : la gourmandise peut fausser nos résultats. Nous nous amusons de la rareté de l'étude de ce biais dans les enquêtes ethnographiques. Si les individus concertés mangeaient trop de gâteau, iels atteindraient la couche du fond, qui consiste à créer des espaces de sieste. Manger trop reviendrai à assigner les espaces à la sieste pour tout le collectif. "Aucun de nous aujourd’hui ne leur en voudra, parce que le sommeil est important".

Enfin, en nous intéressant à la commensalité (le fait humain de partager le repas avec un ou plusieurs commensaux habituels), nous inscrivons notre outil d'enquête dans une tradition anthropologique d'analyse des moments de comensalité.

Enfin nous proposons un autre moyen de concevoir un espace, en concertation avec les principaux concernés : l'enquête comme moment convivial. On peut encore reprocher à ce genre de concertations de s'adresser à une catégorie socio-professionnelle excluante de personnes qui ont la disponibilité et qui n'ont pas de problèmes matériels urgents à résoudre.